Digital nomad et tourisme : les nouveaux codes du voyage

La tendance des digital nomad s'apprête à bouleverser le tourisme. Nous vous proposons de décrypter le profil du digital nomad et son rapport au tourisme. Du workation au coliving, cap sur les pistes de transformation pour créer des lieux inspirants qui cochent toutes les cases !

Si la pandémie de Covid-19 complique les déplacements, elle est loin d’avoir essoufflé les envies de voyager… Bien au contraire. La récente situation a même favorisé l'émergence de nouvelles tendances en matière de voyage. Le phénomène des voyages de longue durée notamment, est poussé par une nouvelle typologie de travailleurs flexibles. Nous vous proposons de décrypter le profil du digital nomad et son rapport au tourisme. Du workation au coliving, cap sur les pistes de transformation pour créer des lieux inspirants qui cochent toutes les cases !

Workation : allier business et dépaysement

Avec le déploiement des mesures de télétravail dans la grande majorité des entreprises, de nouveaux concepts ont vu le jour. Notamment celui de workation (contraction de work et vacation qui consiste à allier vacances et travail) qui n'a jamais autant eu le vent en poupe.

Selon un sondage réalisé en septembre 2020 pour Pierre & Vacances, un cadre sur trois envisagerait d’installer son bureau dans un lieu ordinairement réservé aux vacances. De fait, les espaces de travail vacants sont passés de 100 000 m2 à 600 000 m2 suite à la pandémie. Laissant ainsi le champ libre aux professionnels de l’hospitalité.

La campagne publicitaire de Pierre & Vacances pour le télétravail à l’hôtel
La campagne publicitaire de Pierre & Vacances pour le télétravail à l’hôtel

Les destinations ainsi que les lieux d’hébergement sont largement incités à se réinventer. Les Maldives ont été les premières à proposer un programme de fidélité aux digital nomad, pour booster le tourisme. Idem pour Madère, qui a lancé un village numérique ouvert à 100 travailleurs à distance souhaitant changer de décor :

Les nomades intéressés sont invités à rester au moins un mois. Durant leur séjour, ils bénéficient d’un accès Internet et d’un espace de travail gratuit. Mais aussi, de l’accès à une communauté Slack (messagerie professionnelle) dédiée, et d’un calendrier d'événements sociaux bien chargé !

Transformer les hébergements en espaces de travail adaptés aux digital nomad

Pour les professionnels du tourisme, tabler sur le workation est bénéfique. Loin d’être une tendance de circonstance, cette forme de tourisme semble partie pour durer. Notamment parce qu’elle correspond aux aspirations des jeunes travailleurs, qui délaissent le bureau et privilégient la découverte de nouveaux horizons.

Utiliser l'extérieur en espace de travail
© Bram Naus (Unsplash)

Les hôteliers ont très vite rivalisé d’originalité pour attirer les travailleurs en manque d'évasion avec leur formule télétravail. C’est le cas également du tour-opérateur TUI, qui a récemment lancé son offre “Workation”, une offre en collaboration avec des entreprises belges et néerlandaises. La promesse faite par le groupe montre d’ailleurs la voie à suivre pour les hôteliers souhaitant attirer les digital nomad. A commencer par le choix du site : un environnement inspirant et calme, qui offre aux travailleurs un cadre propice à la productivité et à l’évasion. Mais aussi toutes les installations nécessaires pour pouvoir travailler sereinement.

Parmi les préoccupations principales des travailleurs nomades :

  • une connexion Wi-Fi fiable et rapide ;
  • un accès simplifié à des activités ludiques ;
  • une vue dépaysante ;
  • des opportunités régulières d’échanger avec d’autres télétravailleurs (via la mise en place de communautés sur les réseaux sociaux) ;
  • un tarif d’hébergement à la semaine ou au mois pour se projeter dans un long séjour.

Coliving : voyager seul en conservant le collectif

Les premiers à faire le saut du nomadisme sont les jeunes travailleurs, adeptes de voyage en solo. Mais la possibilité de faire de nouvelles rencontres et de partager son expérience n’en reste pas moins importante. Et c’est sur cet axe central de l’expérience que les acteurs du tourisme ont leur carte à jouer !

En effet, la tendance montante du coliving (pour vie en communauté) est prometteuse : elle correspond à une forme moderne de colocation dans laquelle de jeunes professionnels emménagent avec d’autres personnes dans l’idée de créer une communauté. Dans un lieu de vie entièrement meublé et équipé, chacun disposera donc de sa chambre privée, tout en partageant des espaces communs (bureaux pour travailler ensemble, cuisine, salle de sport, etc.). Le coliving est souvent une expérience temporaire (avec des sessions d’une semaine à plusieurs mois) et pourrait intéresser les meublés de tourisme en quête de diversification.

Exemple de coliving appliqué au tourisme avec l’association Paatch (© Paatch)
Exemple de coliving appliqué au tourisme avec l’association Paatch (© Paatch)

L’association Paatch propose un concept de télétravail en communauté : une ou deux semaines pour travailler et s’évader avec des freelances ou autre télétravailleurs. Prochaine destination ? Le Cap-Ferret, où un hébergeur propose son logement pour des“expériences participatives de télétravail en communauté”.

Un exemple d’espace commun proposé par Selina

Certains opérateurs et entreprises numériques ont même poussé le concept plus loin, pour le rendre entièrement nomade. C'est le cas par exemple de Remote Year et Selina, qui fonctionnent comme des néo agences pour nomades. Le digital nomad peut expérimenter une certaine forme de tourisme, payant un abonnement mensuel pour changer de localisation à l’envi. Tous ses besoins (hébergement, transport, activités, coworking) sont pris en charge dans l’abonnement qui se renouvelle chaque mois.

L’ultime promesse de ces agences workation : leurs offres sont disponibles là où le travailleur désire se rendre. En payant un forfait, elles permettent au résident de vivre et travailler confortablement. La distinction entre travail et loisir s’étiole jusqu’à disparaitre complètement. L’un des principaux arguments de vente ? La communauté, dans laquelle personne n'est censé se sentir isolé, malgré une vie d’itinérance.

Créer des lieux de vie inspirants et propices à la sociabilité

Le coliving permet donc d’explorer les nouvelles frontières de l’hospitalité. Illustration du succès de cette tendance, Selina, passé d’un unique emplacement au Panama en 2014 à plus de 25 aujourd’hui. Idem pour l’offre de Roam, qui a essaimé au Royaume-Uni, aux États-Unis, à Bali et au Japon.

Outre leurs destinations de rêve, ces acteurs ont de nombreux points communs :

  • Offrir un maximum de flexibilité. Les digital nomad sont attirés par des offres d’hébergement et des infrastructures de tourisme extrêmement flexibles. En particulier en ce qui concerne la durée de leur séjour.
  • Un espace favorable à la productivité et au développement personnel. L’un des premiers critères pris en compte par les travailleurs à distance est l'accès à la technologie. Mais aussi la possibilité de plonger dans un mode de vie alternatif, brouillant la frontière entre les espaces de travail et de vie et favorisant la créativité. Une attention particulière à l’agencement et au design du lieu est donc indispensable. Cela permet de créer des espaces communs offrant de nombreuses opportunités de socialisation.
  • Des prix abordables : le coliving permet de rester plus longtemps dans les grandes métropoles redoutées pour leurs loyers exorbitants. La formule tout compris (ménage, linge, etc.) assure également aux nomades d’éviter les mauvaises surprises à la fin de leur séjour.
  • Une fenêtre ouverte vers de nouvelles cultures, expériences et connexions. L’offre de coliving doit surtout permettre de rencontrer des personnes qui partagent des aspirations similaires. Les nouveaux voyageurs sont aussi à la recherche d’expériences authentiques et d’un accès privilégié à une nouvelle culture.

Les nouveaux digital nomad : de l’influence au lifestyle

Le concept de digital nomad répond à une envie dévorante de liberté. Celle de vivre et de travailler où on le souhaite, et de pouvoir se déplacer au gré de ses envies et opportunités.

Le nomadisme digital a d'ailleurs pris tellement d’ampleur qu’il est devenu protéiforme. L’avènement des influenceurs a consacré cette tendance, mettant sur le devant de la scène les endroits “instagrammables” et les paysages de rêve ! Mais la pandémie a aussi encouragé de nombreux travailleurs de bureau à adopter le nomadisme. Et a donc modifié sensiblement les attentes de ce segment de “voyageurs” en termes d’offres d’hébergement.

Concevoir une offre sur mesure avec pour dénominateur commun la flexibilité et le confort

L’industrie touristique a commencé à évoluer en fonction des critères de voyage des digital nomad, personnalisant son offre en conséquence. On observe ainsi désormais l’émergence de nouveaux acteurs, aux propositions de valeur innovantes. C’est le cas de NomadX, qui propose une expérience de slow-nomadisme pour les entrepreneurs indépendants souhaitant s’intégrer à la communauté locale. Mais aussi Décathlon qui offre désormais aux nomades numériques amateurs de road trips la possibilité de louer du matériel pour partir à l’aventure dans un van.

L’offre vanlife avec la tente de toit © Décathlon

Pour les hébergeurs qui souhaitent prendre le train en marche, ces initiatives sont d’excellentes sources d’inspiration. Elles montrent que le meilleur moyen de tirer son épingle du jeu est d’offrir encore une fois une formule flexible (notamment en ce qui concerne le check-in / check-out), qui puisse s’adapter à tous les profils et à leur aspiration commune pour la liberté.

Mettre l’accent sur le confort est également un pré-requis pour attirer les digital nomad, qui privilégient des séjours sur de plus longues périodes que les vacanciers traditionnels. Les restrictions de déplacement et la possibilité pour les travailleurs du numérique de ralentir leur rythme de voyage favorisent également une découverte de leur destination bien plus approfondie. C’est en partie ce qui explique le développement rapide des offres de micro-aventure ! Toutes ces tendances ont ainsi le potentiel d’aider les professionnels de l’hébergement à créer des expériences holistiques, stimulant le tissu économique local, à l’image de ce que fait Day-Zero : cette agence propose des formules mensuelles pour apprendre un savoir au côté d’un artisan, avec une promesse d’authenticité. Apprendre l’art des pâtes artisanales au contact de nonnas italiennes, la confection d’un produit 3D dans un fablab hongrois ou encore méditer sur une île sicilienne loin de la ville, le choix est vaste.

Ce qu’en pense La Tangente

Pour attirer les digital nomad, créez des espaces brouillant la frontière entre lieu de vie et de travail. Peaufinez votre offre en gardant à l’esprit les impératifs de flexibilité, de confort, de sociabilité et d’authenticité. Un virage qui promet de se révéler stratégique, à mesure que cette tendance continue de faire du voyage une partie intégrante de notre quotidien.

L’apparition de multiples offres clef en main facilitent énormément le passage à l’acte des nouveaux nomades : à noter qu’elles font naître également des perspectives pour l'hôtellerie de plein air. Campings cars, mobil homes relookés ou encore habitations légères de loisirs sont tout indiqués pour répondre à cette aspiration croissante !

Nous vous proposons des pistes dans un prochain article sur l’adaptation de son offre à la nouvelle donne du télétravail !

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